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 Voyage à Dalnegorsk - Extrême Orient Russe
Si ce n'est pas le bout du monde, cela y ressemble beaucoup!!

Depuis quelques années, les minéraux russes ont fait leurs apparitions lors des bourses minéralogiques. Parmi les nombreuses origines, Dalnegorsk figure en bonne place avec de superbes fluorines incolores et transparentes, des galènes, des blendes, des pyrrhotines et aussi les meilleures datolites du monde. Dalnegorsk, Sibérie comme indication c'est bien vague, surtout que la Sibérie fait environ 12 millions de km2. Géographiquement Dalnegorsk se situe en gros à 600 km au nord de Vladivostok, cette ville est bien connue pour être le terminal du transibérien, c'est aussi un important port sur la mer de l'Est/mer du Japon et c'était une importante base aérienne militaire. Toute cette région est plutôt appelée l'extrême orient russe.

Dalnegorsk est - comme beaucoup d'autres lieux, villes ou mines à travers le monde - connue pour ses minéraux et souvent ce sont des endroits perdus où il n'y a que quelques "fous" pour y aller. Dalnegorsk, ville de 40000 habitants, n'échappe pas à cette règle.

En 1996 2 amis, marchands de minéraux et minéralogistes éclairés, m'invitèrent à partager leur voyage à Dalnegorsk et ces quelques lignes ne seront pas un exposé sur la minéralogie ou la géologie de cette région, mais seulement quelques souvenirs ou impressions glanés ça et là durant ce voyage au bout du monde.
L'aventure commence à Moscou, car en plus du problème de la langue, il y a aussi le problème de la "vue", le cyrillique pour un ouest européen c'est du chinois, à partir de ce postulat les ennuis peuvent commencer.

Premier problème, pour aller du terminal international Sheremetyevo I au terminal des lignes intérieures Sheremetyevo II il faut prendre une navette rien de plus normal, mais à la sortie du terminal, des bus climatisés ( les portes ne ferment plus ) passent régulièrement et notre guide les laisse passer, sauf un au bout de 10 minutes, le 517, va savoir pourquoi. Le 517 nous emmène en dehors de l'aéroport, des paysans montent avec des paniers de légumes, des poulets, ils redescendent et au bout d'une vingtaine de km nous revenons à l'aéroport, au terminal des lignes intérieures, c'est simple non.

Le vol Moscou - Vladivostok en DC 10 tout neuf ( vol inaugural avec reportage de la TV russe ) se passe très bien, à l'arrivée nouvelle réception avec officiels, TV et de nombreux policiers qui contrôlent nos passeports sans visa pour Vladivostok, confiscation de nos passeports, discussions, rediscussions avec quelques officiels et enfin cela s'arrange, ouf.

A Vladivostok, sur la mer de l'Est/mer du Japon, il fait un temps estival ( ciel bleu et un bonne trentaine de degrés ). Nous cherchons un taxi pour nous emmener à Dalnegorsk à 600 km au nord. En Russie tout propriétaire de voiture peut faire le taxi et comme partout dans ces pays il faut négocier le prix avant Nous optons pour une voiture japonaise, mais avions nous le choix car toutes les voitures sont des japonaises achetées en occasion au Japon, donc avec le volant à droite. Le chauffeur pour une bonne poignée de dollars va essayer de nous emmener à Dalnegorsk. Le plein est fait à un camion citerne qui fait office de station service. Puis nous nous lançons sur des routes ressemblant à des pistes ou des pistes ressemblant par moment seulement à des routes, le tout mal assis sur des sièges défoncés et dans un bruit de tôles, de moteur et de chansons russes hurlées par de cassettes audios. Kalinka et autres chansons pendant 12 heures et quelques pannes nous amènent à Dalnegorsk, avec par moment des envies de meurtres.

Un immeuble de Dalnegorsk avec en arrière plan la "Carrière" comme disent les Russes ( très beaux quartz ) et tout à droite en haut de la photo, la carrière Bor d'où proviennent les plus belles datolites du monde.
Photo B.Mary ©
Entrée de la mine "Sovietsky N°2"
Photo B.Mary ©
Maisons traditionnelles en bois aux alentours de Dalnegorsk
Photo B.Mary ©
Dalnegorsk: Les faubourgs de la ville.
Photo B.Mary ©
Nous arrivons à Dalnegorsk vers 23 heures. Cette ville n'est pas une ville mais seulement un gros quartier d'une ville de banlieue avec rien que des blocs de 5 étages, les mêmes que dans bien d'autres villes russes, et avec un éclairage public réduit au plus strict, pas très engageant.
Nous logeons chez l'habitant, par la force des choses ( pas d'hôtel ), un tout petit logement, très propre par opposition à l'horreur de la cage d'escalier. Surprenant aussi le blindage de la porte d'entrée, blindage que nous reverrons souvent pour les autres appartements, toujours pas très rassurant. Le propriétaire des lieux nous met à disposition une toute petite chambre contre toujours une bonne poignée de dollars. Une bonne nuit de sommeil et j'allais dire une bonne douche, mais manque de chance, nous étions la journée sans eau chaude et la douche fût glacée mais quand même réparatrice.

J'appris rapidement qu'on ne pouvait tout avoir le même jour, eau chaude, électricité, voiture en état de marche, roue de secours ou cric dans la voiture, etc.... sauf la vodka omniprésente à tous les repas. Un premier coup d'oeil à l'extérieur conforta mon jugement de la veille, blocs en très mauvais état, délabrés comme tout le reste, routes, aires de jeux, bancs, mais j'étais venu pour les minéraux et je voyais de notre logement la Carrière - dixit les Russes- immense carrière à étages et à flanc de montagne, fournissant des quartz et des calcites et aussi Bor, une autre carrière célèbre pour fournir les plus belles datolites du monde, cela me rassura.

J'étais venu pour les minéraux et j'en ai vu, les journées furent longues, visites de mineurs, déballage des échantillons, sélection et marchandage et monter et descendre ces cages d'escalier toujours sans éclairage, parfois sans main courante, toujours sales et avec des branchements électriques sauvages. Tout cela contrastant avec en général des logements très proprets, les Russes n'en ont que faire de leur environnement proche et je ne parle pas du reste.

Nous avons vu beaucoup de minéraux, de qualité très inégale et pourtant parfois les prix annoncés en dollars vous laissaient pantois. Certains Russes pensent détenir le gros lot avec quelques cailloux, même les 2 ou 3 marchands n'ont aucun complexe à annoncer 1000 ou 2000 dollars pour des échantillons de qualité médiocre, à titre de comparaison un mineur russe gagne entre 200 et 300 dollars par mois.

Dans ces tournées journalières, les grands moments de plaisir furent les déballages de minéraux chez les mineurs et les repas. Lors des déballages de minéraux il y avait toujours ce petit pincement, ce petit suspense, allions nous voir la pièce, la pièce avec un grand P et à ce sujet un mineur nous emmena un jour dans son garage, une caverne d'Ali Baba, une antre, un truc plein de matériel, de pièces de rechange pour voiture et de ferraille et parmi tout ça, sur tout ça, des minéraux, des cartons de minéraux, des minéraux dans des caisses emballés dans des journaux bouffés par l'humidité ou par les souris qui nichaient dedans. Pourtant dans ce fouillis nous avons extrait des merveilles. L'autre plaisir fût les repas que nous prenions chez notre chauffeur toujours contre une bonne poignée de dollars et à des heures pas fixes du tout , disons entre midi et 18 heures, cela ramena souvent le dîner vers minuit sans que cela dérange personne. Les menus presque toujours à base de poissons, saumon surtout avec des algues en salade, des pommes de terre et du choux, le tout me laissant d'excellents souvenirs, sauf un truc ressemblant à du blé bouilli et pour lequel il fallait augmenter la dose de vodka pour le faire passer.

N'ayant pas pu gratouiller dans une mine ou une carrière pour différentes raisons et pour nous changer les idées nous avons été en bord de mer pour une partie de pêche au saumon. Après quelques achats nous voilà parti. Une crevaison avec changement de roue sans cric mais avec deux petits troncs d'arbre, une piste infernale, presque une journée de voiture pour faire une centaine de kilomètres, tout cela nous amène en un endroit idyllique, à l'embouchure d'une rivière sur la mer de l'Est/mer du Japon. Quelques pêcheurs, ressemblant aux acteurs du Décaméron le film de Pasolini, vivent dans une cabane en bois, style trappeur ou chercheurs d'or du XIXème siècle. Ils pêchent au filet dans la rivière et dans la mer. Les filets dans la rivière restent en place toute la journée et toutes les 2 ou 3 heures, un petit tour est effectué pour récupérer les saumons pris, puis retour à la cabane pour manger et surtout boire, de la vodka bien sûr. Nous étions venu et nous avons bu, mais heureusement aussi mangé, du saumon fumé, de la soupe de tête de saumon, du saumon cuit dans de poêles aussi noires que des nuits sans lune et du caviar de saumon. La vodka était conditionnée dans des boîtes en alu noires, style Coca, avec un grosse tête de mort, un avertissement plein d'humour mais ne servant strictement à rien, vu le nombre de boîtes traînant partout.

Galène et Sidérite
15 cm de large
Collection B.Mary - Photo C.Pélisson ©
Quartz bleuté
13 cm de large
Collection B.Mary - Photo C.Pélisson ©
Quartz
17 cm de long
Collection B.Mary - Photo C.Pélisson ©
Grenats
11 cm de large
Collection B.Mary - Photo C.Pélisson ©
Le retour de ce week-end fût comme toujours avec beaucoup de problèmes et avec un sérieux mal de tête. La tournée de mineurs continua et les dernières soirées furent consacrées à l'emballage des minéraux dans des caisses en bois, toujours achetées contre une petite poignée de dollars.

Pour notre retour tout semblait parfaitement organisé, un minibus devait transporter les caisses à l'aéroport de Vladivostok et un taxi devait nous amener au même aéroport où nous devions enregistrer les caisses sur notre vol. Celà était prévu, mais bien sûr celà ne se passa pas comme celà. Le chauffeur du minibus nous rejoignit bien à l'aéroport, mais sans les caisses qui avaient été confisquées à un contrôle de police à la sortie de Dalnegorsk. Sans raison officielle car les amis étaient en règle mais avec surtout une raison occulte, nous dérangions les 2 ou 3 marchands... Ne pouvant rester plus longtemps, nous avons laissé une grosse poignée de dollars au chauffeur du minibus pour arranger le tout ( récupération des caisses et expédition en fret aérien ). Bien sûr vous l'avez deviné cela ne se passa pas comme prévu. Le chauffeur claqua les dollars et un des amis du retourner à Vladivostok pour que les caisses viennent en Europe de l'ouest avec seulement 2 mois de retard.

Pour terminer un conseil, si un jour vous allez à Dalnegorsk méfiez vous des russes qui sourient et qui ont la bouche pleine de dents en or.

Ah!!!! j'allais oublier, tout le monde sourit et tout le monde a la bouche pleine de dents en or


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